La fidélité est souvent mise à mal au quotidien. Fatalité ou crise passagère, comment négocier cette envie d'aller voir ailleurs sans mettre son couple en danger ?
L'amour, le désir, on connaît la chanson ! Quand on examine de près l'évolution
de la notion d'infidélité à travers l'histoire, on s'aperçoit qu'au XIIe siècle, le mythe amoureux,
celui de Tristan et Iseult, reposait déjà sur l'adultère. Plus près de nous, en 68,
les enfants du baby boom se ruent sur le libertinage. En 2000, à une époque qui
cultive le moi, l'individu se retrouve coincé entre amour de l'autre et amour de soi.
Les images de l'amour sont tantôt folles et parlent de liberté, tantôt conjugales et
éprises de durée. Quoi qu'il en soit, la notion d'infidélité renvoie aux liens sacrés du
mariage, de l'amour unique, et il n'est pas si facile de s'en déprendre. Evolution
des moeurs ou pas, quand ça nous arrive, c'est un moment toujours difficile à gérer.
Un message inconscient ?
Entre manque de communication dans le couple ou réassurance narcissique, les raisons
qui poussent à être infidèle ne sont pas toujours celles qu'on énonce consciemment.
"Elle survient le plus souvent au bout de quatre ans, explique Gonzague Masquelier,
psychothérapeute. Bien sûr une certaine monotonie sexuelle rentre en compte".
Mais au-delà, quand un partenaire investit un autre objet de désir, c'est aussi un
inconscient. Celui d'un manque, que ce soit d'amour, de créativité ou encore d'investissement
dans la relation. Marie, enseignante, mariée depuis 7 ans, met en avant le désir de se
revaloriser dans un regard neuf. Quant aux hommes, "eux sont pris symboliquement
entre l'image de la madone et celle de la putain", ajoute le Dr Gérard Leleu.
L'infidélité lui permet de séparer l'amour de l'érotisme.
Passage à l'acte...
Le pourquoi et le comment de nos infidélités sont depuis de nombreuses années,
étudiés non seulement par d'éventuels détectives privés, mais aussi par les chercheurs !
Ainsi, en 1984, Thompson annonçait que 42,2 % des femmes et 45,8 % des hommes
avouaient avoir eu une relation extra-conjugale: presque un mari, ou une femme, sur deux!
Mais attention à l'amalgame : on regroupe en effet sous le terme "relation extra-conjugale"
non seulement les aventures sexuelles, mais aussi les relations purement émotionnelles
(c'est-à-dire les aventures amoureuses, les "béguins"). Plusieurs travaux datant d'une
15aine d'années concluaient que les hommes s'engageaient plus volontiers dans une relation
strictement sexuelle, et les femmes dans une relation émotionnelle. Des chercheurs
australiens ont donc cherché à déterminer plus précisément pourquoi les femmes
s'engageaient dans une aventure, et quel type d'aventure était le plus fréquent.
Vaste programme !
Qui (dé)couche, et pourquoi ?
Premier bilan, désastreux pour les "officiels" : les relations extra-conjugales des
épouses sont fréquentes, pour ne pas dire habituelles ! Consolation (mais en est-ce
vraiment une ?): il s'agit généralement d'une relation affective, pas toujours associée
à des rapports sexuels et peut parfaitement rester quasiment platonique. Le sexe,
oui, mais le coeur avant tout ! Les femmes ont dans les faits beaucoup de mal à "passer
à l'acte", c'est-à-dire à avoir des rapports sexuels, qui leur demandent une vraie organisation,
dont elles ne sont pas toujours capables... Alors que les messieurs fonctionnent
à l'inverse: leurs relations extra-conjugales sont, généralement, strictement sexuelles,
sans intention particulière ni organisation. L'occasion fait le larron en quelque sorte!
De toutes façons, même quand leur aventure prend une tournure vraiment sexuelle, les femmes
ont besoin de se sentir amoureuses : seulement 1,8 % des femmes infidèles ont déclaré
ne s'être impliquées que sexuellement, et absolument pas affectivement, dans leur
relation extra-conjugale
Qu'est-ce qui les pousse à l'acte ?
Les femmes sont fortement influencées par la perception qu'ont les autres de l'infidélité...
alors que les hommes se fichent éperdument de "ce qui se fait ou pas", et ne tiennent
compte que de leurs propres désirs. Ainsi, une femme "tentée" se laissera sans doute
fléchir,dans un sens ou un autre, par ses amies, son milieu social... Si son emploi
du temps lui permet des aventures, elle pourra se montrer d'autant plus décidée à
vivre une passion extra-conjugale.
Autre facteur déterminant, la satisfaction, ou la non-satisfaction, procurée par sa
relation conjugale. "Femme contente ne cherche pas ailleurs" semble résumer l'étude.
La satisfaction sexuelle offerte par le partenaire régulier, à l'inverse, semble avoir
très peu d'influence. Ceci peut peut-être expliquer pourquoi les relations extra-conjugales
féminines sont avant tout émotionnelles et que le sexe n'y tient pas la première place...
Isabelle Delaleu